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Témoignages d’un bénévole à l’Epicerie Solidaire de Geispolsheim de la Maison du Partage

Jacky, organisé et engagé : sa rigueur au service de la solidarité

Rigoureux, chaque date et action sont soigneusement notées dans son cahier. Formé dès son plus jeune âge au sens des responsabilités, il a choisi de transformer cette énergie en moteur pour soutenir les autres.

 

Depuis combien de temps êtes-vous bénévole à Caritas et qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager ?

Cela fera dix ans le 26 février. Dix ans déjà… je n’ai pas vu le temps passer !
C’est quelque chose qui vient de loin. J’avais 13 ans quand ma maman est tombée malade pendant plusieurs semaines, Etant l’aîné de quatre enfants j’ai géré le quotidien de la famille, les repas, le ménage l’école… Mon père travaillait souvent le dimanche, il fallait que la maison tourne.
Pendant mon année de service militaire, j’aidais les autres appelés. Je leur montrais comment nettoyer la chambrée, cirer le parquet, faire un peu de couture, utiliser le poêle à charbon et nettoyer les sanitaires, les douches et les WC. Beaucoup ne l’avaient jamais fait chez eux, dans leur foyer familial. Cette fibre d’entraide ne m’a jamais quitté.
Et puis j’ai eu une carrière professionnelle de plus de 43 ans, dont 31 années dans la même entreprise internationale. J’ai été heureux au travail dès le premier jour. Ce bonheur-là, j’ai envie de le transmettre à ceux qui n’ont pas eu cette chance, leur redonner l’envie de se lever le matin, l’envie de travailler et de se plaire dans ce qu’ils font.

 

Comment décririez-vous votre rôle à l’épicerie sociale ?

Je suis surtout en charge de la partie marchandise et logistique : réception des livraisons, mise en place, organisation du timing. Le mercredi matin, c’est serré. Le camion arrive entre 11h et 11h30 et tout doit être prêt pour l’ouverture à 13h30. Nous ne sommes pas un supermarché ; nous fonctionnons avec des bénévoles, en nous adaptant aux emplois du temps de chacun.

L’été, on est parfois seulement trois ou quatre bénévoles. Mais je refuse qu’on ferme l’épicerie. Même s’il faut une heure de plus pour mettre les denrées en rayons, on reste ouvert.

 

Comment fonctionne l’aide apportée aux bénéficiaires ?

Rien ne se fait sans dossier des assistantes sociales. Les dossiers sont traités en commission tous les quinze jours. En général, on accorde une aide pour trois mois, parfois six, selon que leur situation s’améliore, se dégrade ou qu’il n’y ait aucune amélioration dans leur quotidien.

Même si quelqu’un retrouve un emploi, on n’arrête pas le soutien à l’épicerie solidaire. On prend le temps nécessaire pour voir si la situation se stabilise. On veut sécuriser, pas fragiliser.

En amont, Michèle et moi-même préparons les dossiers avant de passer en commission, lors d’un entretien individuel, afin de voir leur situation personnelle dans un bureau, avec beaucoup de bienveillance et d’empathie.

Nous échangeons aussi avec les assistantes sociales et nous nous réunissons une à deux fois par an pour faire le point sur les situations récurrentes des personnes en précarité.

 

Et concrètement, comment se passent les courses ?

Chaque personne ou famille est accompagnée par un bénévole. Elles ont un droit d’achat hebdomadaire : par exemple, 30 € pour une personne seule.

Mais elles ne paient que 10 % de la valeur réelle des achats. Donc, pour 30 €, elles ne paient que 3 €. Les 27 € économisés peuvent servir à payer le loyer, l’électricité, le gaz ou des dettes. C’est une vraie bouffée d’oxygène.

Le mercredi matin, la Banque Alimentaire d’Illkirch-Graffenstaden nous livre la marchandise commandée le jeudi de la semaine précédente pour nous réapprovisionner en denrées. Nous collaborons également avec un restaurateur local qui nous fournit des plats cuisinés en bocaux à partir de produits frais, locaux et de qualité, grâce au soutien financier d’une entreprise de mécénat.

Personnellement, en tant que citoyen de ma commune de Geispolsheim, je participe aux élections en tant qu’assesseur dans un bureau de vote, ainsi qu’au dépouillement des bulletins, et cela depuis plus de 25 ans.

Ayant un mandat de six ans, comme celui du maire, je représente Caritas Alsace à la mairie de Geispolsheim lors des réunions du CCAS (Centre communal d’action sociale), entre quatre et six par an. Cela permet de voter les budgets, de prendre certaines décisions et, lors des débats, de répondre à des situations de précarité dans les dossiers à traiter, car il y a souvent au moins une famille, voire plusieurs, qui vient à l’épicerie solidaire. Les dossiers viennent des assistantes sociales.

La commission du CCAS se compose de plusieurs adjoints au maire, d’une secrétaire, d’un comptable, d’une assistante sociale et de plusieurs membres d’autres associations, soit entre neuf et douze personnes.

 

Qu’est-ce qui vous motive et vous touche le plus dans votre bénévolat ?

Ce qui me touche, c’est de voir à quelle vitesse certaines familles peuvent basculer. Parfois, c’est un gouffre. Une séparation, une maladie, une perte d’emploi… et tout s’effondre.

Et puis il y a les petites victoires : quand quelqu’un retrouve un travail, quand une famille a moins d’impayés ou de dettes. Donner des conseils, transmettre des informations comme le chèque énergie, le dossier de surendettement, les droits sociaux ou réorienter vers l’assistante sociale pour débloquer une aide, c’est très précieux. J’ai d’ailleurs suivi deux formations à la Banque de France pour mieux comprendre les procédures. Quand il faut déposer un dossier, j’explique les démarches, les délais, les possibilités… On essaie toujours de trouver une solution. Si l’on peut, par une parole ou une action, aider quelqu’un à se relever, alors notre mission en tant que bénévole a tout son sens.

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