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Portrait de bénévoles

Sylvie, bénévole, transforme son passé en force pour les autres

Issue d’une famille modeste et ayant elle-même connu la précarité, Sylvie, aujourd’hui consultante-DRH de transition en ressources humaines et bénévole à Caritas Alsace au sein de l’équipe de Kembs-Landser-Sierentz, met son expérience au service des familles fragilisées pour leur redonner dignité et espoir.

 

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter ce qui vous a menée au bénévolat ?

Je viens d’une famille très modeste, où l’on ne mangeait pas toujours à notre faim. Très tôt, j’ai compris ce que signifiait se battre pour avancer. Pour financer mes études, j’ai travaillé comme ouvrière. J’ai étudié le droit, puis la sociologie des organisations, avant de me spécialiser en ressources humaines, et j’ai fait carrière dans de grands groupes. Au début de mon parcours, j’ai traversé de grandes difficultés financières. C’est en traversant ces moments d’incertitude que j’ai compris que je voulais donner de mon temps aux autres : c’est ce vécu qui m’a menée vers le bénévolat.

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à rejoindre Caritas Alsace ?

Mon engagement a commencé à Strasbourg entre études et travail pour vivre, à la permanence Arc-en-ciel de Caritas, où j’accompagnais des personnes en situation d’illettrisme, les aidant à remplir leurs papiers et partageant parfois un repas avec elles. Cette expérience m’a profondément marquée : j’ai reçu autant que j’ai donné. En 2022, rejoindre Caritas Alsace au sein d’une équipe locale est devenu une évidence. Dans ma famille, on a toujours donné, même avec peu. Là, j’avais du temps, de l’expérience et l’envie d’être utile concrètement.

 

Quelles sont vos missions aujourd’hui ?

Je suis profondément ancrée sur le terrain. Bien que toujours en activité, j’essaie de participer le plus souvent possible à la préparation et à la distribution des paniers alimentaires pour 36 familles : on va chercher les légumes chez les producteurs locaux, on prépare les produits frais, les laitages, l’épicerie sèche et les produits d’hygiène. On pèse, on répartit, on organise. Ce qui compte pour moi, c’est la dignité. Un panier doit être beau, avec de bons produits. Et quand on peut y glisser quelques fruits d’été ou un pot de miel à Noël, c’est un petit geste qui fait toute la différence. Je fais aussi partie du comité de l’association et du conseil d’administration de la Fédération de Charité Caritas Alsace, mais ce que je préfère, c’est le concret : accompagner une personne en rupture professionnelle, lui expliquer ses droits, l’orienter vers les personnes, les organismes compétents, mais surtout… l’écouter.

 

Qu’observez-vous sur le terrain aujourd’hui ?

La précarité a changé de visage. Dans notre secteur frontalier, on pourrait croire que tout le monde travaille. Mais lorsqu’un emploi s’arrête brutalement, c’est toute une vie qui bascule : crédits, charges, enfants… tout devient fragile. Il y a aussi les familles monoparentales et les “invisibles” : souvent des femmes proches de la retraite qui découvrent que leur pension ne suffira pas. Elles viennent discrètement, sans se faire remarquer. Ce qui est le plus dur, c’est de voir toutes les portes se fermer en même temps : travail, logement, stabilité… tout peut s’effondrer très vite.

 

Y a-t-il une rencontre qui vous a particulièrement marquée ?

Oui. Une mère dont l’entreprise a fermé sans prévenir. Plus de salaire, des menaces pour le loyer, deux enfants à charge. Nous l’avons aidée en urgence : orientation juridique, aide alimentaire, soutien. Un jour, pendant une distribution, elle a pris le paquet de biscuits dans son panier et l’a montré à son fils :
« Regarde, ce sont tes biscuits préférés ! » L’enfant a souri, mais sa mère lui a dit : « Ne les mange pas tous d’un coup, il n’y en aura pas tous les jours. » Je suis alors retournée derrière les étagères et j’ai glissé discrètement un second paquet dans le panier. Ce n’était qu’un paquet de biscuits, mais ça m’a bouleversée. J’ai connu ça, couper une baguette en plusieurs parts pour tenir la semaine. Quarante ans plus tard, voir que ça existe encore… c’est violent. Mais voir le sourire de cet enfant, c’est exactement la raison pour laquelle je suis là.

 

Quel message adresseriez-vous à ceux qui hésitent à s’engager ?

Le bénévolat ne doit pas faire peur. On peut commencer doucement : venir deux heures, juste pour découvrir. On ne s’engage pas pour la vie. Venez rencontrer l’équipe, préparer des paniers, ranger l’épicerie, discuter. Donner un peu de son temps, c’est recevoir énormément. La richesse humaine que l’on reçoit n’a pas de prix. On ne sauve pas le monde, mais parfois, on change une semaine. Et parfois, ça commence par un simple paquet de biscuits.

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