Michel, redonner confiance par les mots
Depuis quelques mois, Michel est bénévole à la permanence Drouot à Mulhouse, où il donne des cours d’alphabétisation. Une à deux fois par mois, il rejoint également Sylviane et Rachel pour des séances plus ciblées, centrées sur l’écriture et la préparation à l’examen de français niveau A2.
C’est une affiche, un jour, qui a déclenché son engagement. Une invitation à la fraternité devenue action concrète. Déjà familier de la permanence pour les distributions alimentaires, Michel a choisi d’aller plus loin.
Avant de s’engager pleinement, il a d’abord pris le temps d’observer. Comprendre, écouter, ressentir. « Je voulais sentir la température, voir comment ça se passe », explique-t-il. Une étape essentielle pour appréhender un public aux niveaux très hétérogènes, où cohabitent des personnes déjà lectrices et d’autres en tout début d’apprentissage. « Il y a des gens qui savent déjà lire et écrire et d’autres à qui il faut commencer à apprendre les arcanes de la langue française. C’est réjouissant. »
Un bénévole qui transmet autrement
Sans être professeur de français, Michel porte en lui une longue histoire avec les mots. Ancien professeur de musique, passionné de philosophie, de linguistique et de littérature, il a toujours évolué dans un univers de transmission. « J’ai passé ma vie dans les livres et cela continue. Je m’intéresse à plein de domaines : la linguistique, la psychanalyse… », confie-t-il simplement.
Cet héritage nourrit aujourd’hui sa manière d’accompagner. Pour lui, l’alphabétisation n’est pas un cadre scolaire figé, mais un espace d’exploration, où la langue devient matière vivante.
L’alphabétisation, apprendre en jouant, avancer en confiance
Dans ses ateliers, Michel privilégie une approche ludique, où l’apprentissage devient avant tout un plaisir. Il s’appuie sur des supports existants, mais cherche surtout à instaurer un rapport plus libre et plus vivant aux mots. « Tout est bon pour jouer avec les mots », résume-t-il.
Derrière cette simplicité, une conviction guide sa pratique : la confiance est la clé. Quand les personnes se sentent à l’aise avec la langue, les obstacles techniques deviennent plus franchissables, presque secondaires. Son objectif est clair : rendre l’apprentissage plus léger, plus accessible, presque naturel.
Des parcours fragiles, des progrès discrets
Parmi les personnes qu’il accompagne, Michel suit notamment Linda, 35 ans, originaire du Kosovo. Un parcours marqué par une scolarité interrompue, la guerre, puis l’arrivée en France. Derrière les exercices d’écriture, il découvre surtout une histoire de ruptures et de reconstruction.
« Elle ne savait pas lire à son arrivée en France. Aujourd’hui, les progrès sont là, ça avance petit à petit », observe-t-il. Une progression que d’autres remarquent aussi, au fil de la régularité et de l’effort partagé. Pour lui, chaque situation est unique : « Il faut prendre en compte le vécu de chacun. » Et c’est dans cette attention aux trajectoires individuelles que se construit l’apprentissage.
L’engagement simple et essentiel de Michel
Dans ces ateliers, il voit dans l’alphabétisation bien plus qu’un apprentissage de la langue : un chemin vers l’autonomie, la confiance et la possibilité de prendre la parole. Dans ces ateliers, il contribue à transformer le rapport aux mots non plus comme un obstacle, mais comme une ressource, patiemment apprivoisée.