Amandine : redonner soutien et espoir aux proches de détenus
Amandine, c’est l’histoire d’un chemin inattendu vers le monde carcéral. Après une licence de droit et un refus en master, la jeune femme pense d’abord avoir échoué. Avec le recul, elle voit aujourd’hui cette étape comme un véritable tournant. Quelques mois plus tard, elle débute un service civique en prison, au sein de l’unité locale d’enseignement. Pendant huit mois, Amandine accompagne des personnes détenues à travers des entretiens, des activités et des temps d’échange.
Très vite, cette immersion la bouleverse. Derrière les murs, elle découvre des parcours de vie marqués par les blessures, les ruptures et la souffrance, mais aussi une humanité que trop peu de regards prennent le temps de voir.
« Dans le milieu carcéral, il ne faut pas s’arrêter aux préjugés. Les détenus comme leurs familles sont souvent stigmatisés, jugés, pointés du doigt. Pourtant, quand on prend le temps de discuter avec eux, on découvre avant tout des êtres humains, avec des émotions, des regrets et une histoire. J’ai rencontré des personnes qui ont commis des erreurs, qui en portent le poids chaque jour. Et qui méritent malgré tout d’être regardées avec dignité et humanité », confie-t-elle.
C’est aussi là qu’elle prend conscience du rôle essentiel des familles dans le parcours des personnes incarcérées.
Amandine, apporter un peu de lumière dans des moments difficiles
Au détour d’une intervention en détention, Amandine découvre l’action de Caritas Alsace auprès des proches de détenus. À la fin de son service civique, elle ressent le besoin de continuer à s’engager. Depuis septembre 2024, elle est bénévole à l’accueil familles de la prison de Lutterbach, avant de rejoindre également la nouvelle Structure d’Accompagnement à la Sortie de Colmar quelques mois plus tard.
À quelques mètres des murs de la prison, ces espaces d’accueil deviennent une parenthèse avant le parloir. Les proches y déposent leurs affaires, reprennent leur souffle autour d’un café, échangent quelques mots avec les bénévoles… ou restent silencieux, submergés par l’émotion.
« Chaque visite porte son lot d’attente, de peur, parfois de honte ou de tristesse. Nous accueillons chaque famille avec simplicité et bienveillance, en essayant d’apporter un peu de lumière dans un moment souvent très lourd à vivre », raconte Amandine.
Une phrase entendue en détention continue de résonner en elle : « Un détenu m’a dit un jour : “C’est quand tu tombes en prison que tu vois vraiment qui est là pour toi.” Derrière chaque personne détenue, il y a aussi des familles qui souffrent en silence. Elles doivent continuer à tenir, gérer seules le quotidien, les enfants, les factures, malgré le regard et parfois le jugement des autres. Elles ont besoin de soutien, qu’on leur rappelle qu’elles ne sont pas seules et qu’il reste encore de l’espoir. »
A la prison de Lutterbach, des rencontres qui bouleversent
Au fil des permanences, certaines histoires la touchent plus particulièrement. Elle se souvient notamment d’une petite fille venue rendre visite à son père détenu à Lutterbach. Avant le parloir, elles dessinent ensemble. Puis, l’enfant lui demande d’écrire quelques mots pour son père : elle lui confie qu’il lui manque chaque soir et qu’elle pleure en regardant sa photo.
Quelques mois plus tard, Amandine retrouve cette même petite fille à Colmar. La petite fille lui saute dans les bras.
Amandine apprécie aussi particulièrement les liens qu’elle tisse avec les autres bénévoles. « Il y a encore peu de jeunes dans nos équipes. Pendant longtemps, j’étais la seule à Lutterbach et, aujourd’hui encore, je suis la plus jeune à Colmar. Mais c’est une véritable richesse : les autres bénévoles ont beaucoup d’expérience, ils ont vécu énormément de choses, et j’apprends beaucoup à leurs côtés. »
Redonner une place à la parole
Son engagement ne s’arrête pas à l’accueil familles. Avec une ancienne collègue rencontrée pendant son service civique, Amandine crée une association indépendante afin d’intervenir directement en détention. Ensemble, elles animent des groupes de parole avec des personnes détenues autour de sujets de société ou d’expériences de vie.
Leur objectif : permettre aux détenus de retrouver un espace d’expression, mais aussi rappeler qu’au-delà des erreurs commises, chacun reste un être humain capable d’évoluer et de se reconstruire.
Bénévole, une vocation tournée vers l’humain
Touchée par ces expériences, Amandine souhaite reprendre des études d’assistante sociale et cherche actuellement une alternance dans ce domaine. Elle espère continuer à accompagner différents publics fragilisés. Deux phrases résument aujourd’hui sa philosophie de vie. « On ne peut pas aider tout le monde, mais chacun peut aider quelqu’un ». Et « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. »
À seulement 24 ans, Amandine porte déjà une conviction profonde qui guide chacun de ses engagements. Parfois, un geste simple ou une présence attentive suffit à changer quelque chose dans la vie de quelqu’un.