Suzie, l’écoute qui rassure
Dans les couloirs de Caritas à Blotzheim, il y a des présences discrètes qui marquent profondément. Suzie fait partie de celles-là. Avec son léger accent américain et son sourire, rien ne laisse deviner qu’elle a longtemps hésité avant de pousser la porte de l’association.
À 65 ans, après avoir arrêté de travailler, il lui manquait quelque chose d’essentiel : le sentiment d’être utile. Depuis longtemps déjà, une idée lui trottait dans la tête. Son père, qui avait vécu aux États-Unis, s’était toujours engagé auprès de la Saint-Vincent-de-Paul.
Suzie avait grandi avec cette image d’un homme présent pour les autres, attentif aux plus fragiles. Sans forcément le dire, elle gardait au fond d’elle l’envie de suivre un chemin similaire, à sa manière.
Alors un jour, presque spontanément, elle téléphone à Caritas Blotzheim. « J’ai appelé comme ça… sans trop savoir ce que faisait exactement l’association », raconte-t-elle avec simplicité. Au bout du fil, Jocelyne, responsable de l’antenne, lui répond chaleureusement et l’invite à venir découvrir les lieux. Suzie hésite encore. Elle prévient immédiatement : « Je ne parle pas très bien français… »
Mais la réponse arrive sans la moindre hésitation : « Ce n’est pas grave. Vous pouvez aider quand même. » Cette phrase, simple en apparence, va tout changer.
Derrière les colis Caritas, les histoires de vie
La première fois qu’elle franchit la porte de Caritas, Suzie doute beaucoup. Elle a peur de ne pas trouver les bons mots. Peur de ne pas savoir aider correctement. Peur de ne pas être à la hauteur.
Puis, peu à peu, elle découvre qu’ici, ce ne sont pas les mots parfaits qui comptent le plus. Ce qui compte, c’est la présence. Aujourd’hui, une fois par semaine, Suzie participe à l’accueil et aux entretiens individuels avec les bénéficiaires.
Avec les autres bénévoles, elle prend le temps de recevoir chaque personne, d’écouter son histoire, de comprendre sa situation avant la distribution alimentaire.
« Parfois, les entretiens durent quinze minutes… et parfois beaucoup plus. Parce qu’au départ, les personnes viennent pour une aide alimentaire, mais derrière ça, il y a souvent tellement d’autres choses.
Une perte d’emploi, une séparation, des papiers compliqués, ou simplement l’angoisse de ne plus réussir à s’en sortir. Alors on prend le temps d’écouter et d’essayer de comprendre leur situation. » confie-t-elle.
Avec Suzie, la confiance prend place
Au fil des semaines, Suzie est devenue un visage familier pour beaucoup. Avant les permanences, les bénévoles s’organisent ensemble : qui recevra qui, comment accompagner au mieux chaque situation. Les binômes changent parfois pour garder un regard neuf.
Mais naturellement, au fil des rencontres, des liens se tissent et la confiance s’installe. C’est précisément dans ces moments-là que Suzie comprend pourquoi elle est là.
Elle ne considère pourtant pas son engagement comme quelque chose d’extraordinaire. À ses yeux, il s’agit simplement d’être là pour les autres, de donner un peu de son temps et de faire, humblement, sa part. Mais dans les couloirs de Caritas, ces gestes discrets comptent énormément. Parce qu’une présence attentive, parfois, peut déjà changer beaucoup.