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Regard d’experte : comprendre les enjeux de la réinsertion

Coordinatrice du pôle Prison-Justice de Caritas Alsace – Réseau Secours Catholique, Gaëlle Lhermitte dispose de plus de treize ans d’expérience dans l’accompagnement des personnes détenues et de leurs familles. Depuis plus de cinq ans, elle coordonne et accompagne les équipes de salariés et de bénévoles engagées dans les différents projets du pôle, au service d’une justice sociale de proximité.

Son expertise s’appuie sur sa formation d’éducatrice jeunes enfants, son expérience de terrain au sein des établissements pénitentiaires alsaciens et son travail de coordination avec les acteurs institutionnels, sociaux et associatifs. Elle avait également obtenu auparavant une maîtrise en commerce international.

À travers son engagement, elle porte une attention particulière au maintien des liens familiaux. Mais aussi sur l’accès aux droits, l’accompagnement global des personnes et les conditions d’une réinsertion durable. Elle défend une approche fondée sur la dignité, la fraternité et la confiance dans la capacité de chacun à construire son avenir.

Qu’observez-vous aujourd’hui dans le parcours des personnes détenues ou sortant de prison ? 

Aujourd’hui, la France connaît un record historique du nombre de personnes détenues. En 2025, 89 500 personnes sont en détention. Et 180 000 personnes sont suivies en milieu dit « ouvert » (bracelet électronique, semi-liberté, placement extérieur, Travail d’Intérêt Général…).

Pour nous, à Caritas Alsace réseau Secours Catholique, ces chiffres sont un vrai signal. La nécessité de continuer à se mobiliser, pour soutenir les familles et les personnes détenues dans leur parcours pénal complexe.

Parce que nous croyons profondément que la prison ne doit pas couper une personne de son humanité ni de la société, au risque d’une forme de récidive collective. Parce que nous savons aussi que la prison accueille des personnes souvent fragilisées, et que l’incarcération peut encore renforcer ces vulnérabilités.

Et surtout, gardons à l’esprit que 99 % des personnes détenues sortiront un jour de prison. Elles retrouveront nos rues, nos écoles, nos entreprises, nos commerces, nos quartiers. Elles feront à nouveau partie de notre quotidien.

La réinsertion ne concerne donc pas uniquement les personnes détenues. Elle est l’affaire de toute la société. Et elle se prépare bien avant la sortie. Notamment en permettant aux personnes détenues de conserver les liens avec leurs proches et avec le monde extérieur.

Qu’est-ce que Caritas Alsace apporte de différent par rapport aux dispositifs existants ? 

Depuis 25 ans, à travers les actions du pôle Prison-Justice, nous « allons vers » les personnes détenues et leurs familles afin de leur apporter écoute, soutien et accompagnement.

Les 130 bénévoles et salariés de Caritas Alsace agissent au quotidien dans les établissements pénitentiaires alsaciens. Ils œuvrent au maintien des liens sociaux et familiaux et accompagnent les personnes détenues sur le chemin de la réinsertion.

Notre mission repose sur un travail étroit avec nos partenaires pénitentiaires, associatifs et institutionnels, dans une relation de confiance et de complémentarité.

Nous sommes convaincus que l’acte commis par une personne ne définit pas son identité, à vie, aussi notre accompagnement se veut individualisé et global. Par exemple, selon les situations, l’accès à l’Allocation de solidarité spécifique (ASS) peut être prioritaire par rapport à un accompagnement autour de la parentalité.

De même, la recherche d’un emploi peut parfois constituer une urgence avant de travailler sur le maintien du lien familial. L’accompagnement doit donc s’adapter aux priorités et aux besoins de chaque personne, plutôt que de proposer une réponse standardisée.

Considérer la personne dans sa globalité permet de s’appuyer sur ses ressources et ses capacités. Et ainsi de renforcer son pouvoir d’agir et l’aider à dépasser les freins à la réinsertion.

Comme le dit Valentine Wagner, en charge de la Mezzanine à Strasbourg :

« Caritas apporte une dimension humaine par sa présence et son écoute fraternelle, là où les autres institutions et services apportent leur professionnalisme souvent distancié. Cette dimension qui tend à disparaitre est pourtant d’une importance fondamentale dans ces lieux de détention, tellement déshumanisé. Caritas pense la juste proximité, là où d’autres pense la juste distance… La nuance est de taille. »

L’accueil inconditionnel est au cœur de l’action de Caritas Alsace. Dans le contexte carcéral, une personne est souvent réduite à l’acte qu’elle a commis.

Comment Caritas travaille-t-elle à restaurer la dignité des détenus ? Et à leur permettre de retrouver leur place dans la société ?

L’accueil inconditionnel consiste à considérer la personne au-delà de l’acte qu’elle a commis. Cela ne signifie ni minimiser l’infraction ni oublier les victimes. Mais reconnaître qu’un acte ne définit pas une personne pour toute sa vie.

Il est parfois plus simple de punir que de permettre à une personne ayant commis une infraction de s’engager dans un véritable processus de réparation. Pourtant, penser la justice sous l’angle de la réparation permettrait de mieux prendre en compte les victimes, les personnes détenues. Et, plus largement, les besoins de la société.

Notre rôle est d’accompagner la personne dans son parcours, de lui permettre de retrouver une capacité à agir et de construire un avenir. Le tout, en prenant en compte les conséquences de l’acte commis.

Nous adressons une grande gratitude à celles et ceux qui font vivre notre mission vers le chemin de la réinsertion. Chemin exigeant, engagé et humaniste que nous sommes fiers de faire vivre au quotidien en Alsace !

 

 

 

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