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Alain, de juge à bénévole à la Maison « Le 30 »

Depuis bientôt six ans, Alain est bénévole à la Maison « Le 30 », à Strasbourg. Cette maison d’accueil dédiée à l’accompagnement de personnes placées sous-main de justice dans leur projet de réinsertion.

Ancien juge de l’application des peines, il met aujourd’hui son expérience au service des personnes accueillies, mais aussi des autres bénévoles. Pour lui, accompagner les personnes ayant connu la détention, c’est avant tout créer du lien, mieux comprendre les parcours et préparer le retour vers la société.

Du tribunal à la Maison « Le 30 »

Son engagement à Caritas Alsace au sein du Pôle Prison-Justice n’est pas né par hasard. Pendant quinze ans, il a exercé comme juge de l’application des peines, dont sept années à Strasbourg et huit années à Colmar.

Dans ses fonctions, il a notamment été confronté aux réalités de la détention et à la question essentielle de la préparation de la sortie. Lorsqu’il apprend que la Maison Le 30 ouvre ses portes, il se réjouit de voir naître une structure qui correspond à une conviction qu’il portait déjà lorsqu’il était magistrat : les personnes détenues ont besoin d’un véritable pont vers l’extérieur l pour préparer leur réinsertion. Aujourd’hui, Alain est présent deux fois par semaine à la Maison « le 30 » le lundi soir et le mercredi matin.

Ces moments s’articulent autour d’échanges du quotidien. Discuter autour d’une boisson et de quelques gâteaux, jouer aux cartes ou à des petits jeux… Certains résidents participent, d’autres préfèrent rester dans leur chambre. Il n’est pas question de forcer la relation. Le bénévolat d’Alain repose avant tout sur une présence disponible et une écoute. « Pour moi, ce que j’apprécie, c’est le contact, la relation avec les personnes. »

L’expérience professionnelle au service de Caritas Alsace

Alain n’a jamais caché son ancien métier aux résidents. Au contraire, il considère que cette transparence peut permettre des échanges particulièrement riches.

Les discussions peuvent porter sur la justice, le rôle du juge ou celui du procureur. Ou encore sur certaines idées reçues que les personnes accueillies peuvent avoir sur le fonctionnement judiciaire.

Alain peut alors apporter des explications, tout en veillant à ne pas se positionner comme magistrat. « Je leur dis : moi, je ne viens pas ici en tant qu’ancien magistrat. Je viens ici pour être avec vous, à disposition. » Il insiste sur un principe qui guide son engagement : ne pas juger la personne à travers les faits commis.

« On ne peut pas regarder une personne détenue uniquement par le prisme de l’acte qu’elle a commis, quelle qu’en soit sa gravité. On doit s’efforcer de la regarder comme un être humain fragilisé, mais également doté de capacités positives. »

Transmettre pour mieux accompagner

Son expérience professionnelle est également précieuse pour les autres bénévoles de Caritas Alsace. Alain intervient dans des temps de formation et de sensibilisation, à la demande de l’équipe.

Pour lui, lorsqu’on accompagne des personnes qui ont été confrontées à la justice, il est important de comprendre son fonctionnement.

Alain propose aussi aux bénévoles d’assister à des audiences au tribunal, notamment des comparutions immédiates. Pour lui, cette découverte est importante. « Un bénévole doit savoir de quoi il parle pour pouvoir ensuite mieux accompagner et comprendre les personnes accueillies. »

A côté de son engagement à Caritas Alsace, il est également vice-président et cofondateur de Déclic. L’association a été créée en 2007 autour d’un acronyme : « Demain ensemble sur les chemins de la liberté, de l’insertion et de la citoyenneté ». Déclic accompagne des détenus ayant connu de longues années d’incarcération pour les aider à préparer leur sortie et leur retour à la liberté à travers la marche.

La réinsertion, un enjeu pour la société

Pour Alain, la peine poursuit deux objectifs indissociables : sanctionner les faits et préparer le retour dans la société, avec l’enjeu de prévenir la récidive.

Cette conviction l’amène aussi à questionner certains regards portés sur la prison. À ceux qui pensent que « les personnes détenues sont bien où elles sont », Alain rappelle une réalité simple : elles sortiront un jour. Préparer ce retour, c’est donc agir pour la personne, mais aussi pour la société.

 

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