Geneviève, Responsable de la boutique Cari’boutchou
À 68 ans, Geneviève aurait pu profiter d’une retraite paisible après toute une carrière consacrée à la petite enfance. Ancienne éducatrice de jeunes enfants, elle a accompagné les tout-petits de zéro à trois ans et leurs familles. Pourtant, très vite après avoir quitté la vie professionnelle, un besoin s’impose : continuer à être utile.
« À la retraite, on peut parfois perdre le sentiment d’être utile à la société. Le bénévolat, lui, redonne du sens. » C’est ainsi qu’elle s’engage au sein de la boutique solidaire Cari’boutchou, à Mulhouse, où elle donne aujourd’hui une grande partie de son temps, jusqu’à en devenir récemment responsable d’équipe.
Une aventure commencée “par amitié”
Rien, pourtant, ne la prédestinait à cette aventure. C’est une amie de longue date, déjà investie, qui lui parle de Caritas Alsace et lui propose de venir découvrir le lieu. Au départ, Geneviève imagine simplement donner un coup de main ponctuel. Mais très vite, quelque chose s’installe : un sentiment évident d’être à sa place.
« Je me suis engagée parce que ce projet incarne des valeurs qui me touchent profondément. Et à chaque fois que je viens ici, je vis de très beaux moments, autant avec les autres bénévoles qu’avec les personnes accueillies. »
Geneviève, retrouver son métier autrement
Très vite, le lien avec son ancienne vie professionnelle apparaît comme une évidence. À Cari’boutchou, elle retrouve les familles, les jeunes enfants, les questions du quotidien mais dans un contexte bien différent, marqué par la précarité. Elle ne se contente pas d’accueillir ou de distribuer du matériel. Elle accompagne, écoute, échange. « J’essaye de mettre à profit mes compétences pour l’accompagnement des familles. »
Petit à petit, elle tente aussi d’ouvrir d’autres perspectives aux parents, notamment sur les besoins fondamentaux des enfants. « On essaye de les amener à prendre en compte les besoins de l’enfant. »
Le jeu, les livres, les interactions… autant d’éléments parfois relégués au second plan face aux urgences du quotidien. « Les jouets ou les livres ne sont pas toujours vus comme essentiels quand on se bat déjà pour le reste. Pourtant, pour un enfant, c’est important. »
Sensibiliser avec bienveillance à Cari’boutchou
Parmi les sujets délicats, celui des écrans revient souvent. Dans des contextes de fatigue et de précarité, ils deviennent parfois un moyen simple de “tenir” les enfants occupés.
Geneviève en a conscience, et avance avec prudence. « Très souvent les mamans donnent le téléphone pour que les enfants se tiennent tranquilles. On essaye de les sensibiliser aux dangers des écrans mis trop tôt dans les mains des tout-petits. » Un message pas toujours simple à entendre. « C’est quelque chose qui est difficile à entendre pour elles, parce qu’effectivement c’est très pratique et très facile. »
Au-delà de l’aide matérielle, Geneviève est convaincue que l’essentiel se joue ailleurs : dans le lien. Beaucoup de mères qu’elle rencontre arrivent seules, sans entourage, parfois sans repères. « Très souvent elles sont isolées. Elles n’ont pas de maman ou d’autres femmes autour pour leur donner des conseils. »
D’où l’importance des moments de rencontre imaginés par l’équipe : petits-déjeuners, échanges, espaces de parole autour de la parentalité.
Une réalité qui marque
Au fil des rencontres, certaines réalités marquent profondément Geneviève. « Quand on voit concrètement comment ces personnes vivent, contre quoi elles doivent se battre… c’est énorme. »
Sans jamais réduire les personnes à leur situation, Geneviève garde en tête la singularité de chaque histoire.
Continuer à être utile
Même si Geneviève vit à plusieurs dizaines de kilomètres de Mulhouse, elle continue de s’investir avec constance. Parce qu’ici, elle retrouve quelque chose d’essentiel. « Le plaisir d’être ensemble et d’être utile surtout. »
Aujourd’hui responsable du lieu, elle porte une nouvelle ambition : renforcer les liens entre les équipes de bénévoles et donner davantage de cohérence aux pratiques, pour que l’élan collectif gagne en force. Et puis il y a cette conviction, presque comme un fil conducteur, qui guide son engagement au quotidien. « Chacun fait comme le colibri : chacun fait du mieux qu’il peut dans son petit coin. »
Avant de conclure simplement : « On ne changera pas le monde, mais on peut ramener un peu d’humanité. »